Pourquoi découper une mission en phases
Une mission de maîtrise d'œuvre dure des mois, parfois des années. La découper en phases poursuit trois objectifs. Valider : à chaque étape, le client approuve ce qui a été produit avant que l'on construise dessus. Facturer : chaque phase achevée correspond à une part de la rémunération. Maîtriser : on sait où l'on en est, ce qui reste et ce qui coûte du temps. Sans phases, le projet avance en continu, les choix se défont, et le client découvre au chantier ce qu'il n'avait pas vraiment décidé.
Le découpage s'inspire du cadre de la loi du 12 juillet 1985 sur la maîtrise d'ouvrage publique, qui définit des missions de base de maîtrise d'œuvre. Pour un client privé, rien n'est imposé, mais les mêmes noms et la même logique sont devenus un langage commun du métier.
Les neuf phases en un tableau
| Code | Phase | Objet | Livrables courants |
|---|---|---|---|
| ESQ | Esquisse | Premières intentions : implantation, volumes, enveloppe budgétaire | Esquisse, note d'intention |
| APS | Avant-projet sommaire | Plans de principe, surfaces, premier calendrier, estimation provisoire | Plans, coupes de principe, estimation |
| APD | Avant-projet définitif | Le projet arrêté : plans définitifs, matériaux, coût prévisionnel | Plans, façades, notice descriptive |
| PC ou DP | Permis ou déclaration préalable | Dossier d'autorisation d'urbanisme, dépôt, instruction | Dossier d'urbanisme, récépissé |
| PRO | Projet | Plans d'exécution de principe, détails, pièces écrites | Plans, détails, CCTP, planning prévisionnel |
| DCE | Consultation des entreprises | Dossier remis aux entreprises | Pièces écrites, plans, cadre de DPGF |
| ACT | Assistance aux contrats de travaux | Analyse des offres, mise au point, attribution | Rapport d'analyse, marchés |
| DET | Direction de l'exécution des travaux | Le chantier : suivi, visas, situations, avenants | Comptes rendus, visas, situations validées |
| AOR | Assistance aux opérations de réception | Réception, levée des réserves, dossier des ouvrages | Procès-verbal, liste de réserves, DOE |
Le permis n'existe que si le projet l'exige : une rénovation intérieure sans modification de façade n'a pas de phase d'urbanisme.
Phase par phase : ce qui se joue
ESQ, l'esquisse. On traduit le programme en premières images : où est quoi, quels volumes, quelle enveloppe. Le client choisit une direction. Le risque : une esquisse trop avancée avant l'accord sur le budget. La validation porte sur l'intention, pas sur les détails.
APS, l'avant-projet sommaire. Les plans de principe prennent forme, avec surfaces et premier calendrier. Une estimation provisoire donne un ordre de grandeur. On y vérifie que le projet tient dans l'enveloppe. Le risque : laisser le client discuter des finitions alors que l'organisation générale n'est pas arrêtée.
APD, l'avant-projet définitif. Le projet est arrêté : plans définitifs, matériaux, coût prévisionnel. C'est la phase où les choix se figent et où les modifications deviennent coûteuses. Le risque : accepter des changements après validation sans les facturer.
PC ou DP, l'autorisation d'urbanisme. Constitution du dossier, dépôt en mairie, réponses aux demandes de pièces. Les délais d'instruction échappent au cabinet : il faut les annoncer au client comme des délais extérieurs.
PRO, le projet. Les plans d'exécution de principe et les détails sont dessinés, les pièces écrites rédigées. Cette phase prépare la consultation : tout ce qui est flou ici devient avenant plus tard.
DCE, la consultation. Le dossier remis aux entreprises rassemble les pièces écrites, les plans et le cadre de chiffrage. L'enjeu est l'égalité des entreprises devant l'information.
ACT, l'assistance aux contrats. Les offres sont analysées à périmètre égal, les marchés mis au point, l'attribution proposée. C'est le moment où le budget du client se confronte au marché.
DET, la direction des travaux. La phase la plus longue : réunions, comptes rendus, visas, validation des situations, gestion des avenants. Elle pèse le plus dans la rémunération.
AOR, la réception. Visite de réception, liste des réserves et suivi de leur levée, remise du dossier des ouvrages exécutés. Elle clôt la mission.
Ce que le client doit décider à chaque phase
Une phase avance quand le client prend les décisions qui lui reviennent. Les lister à l'avance évite les attentes silencieuses.
| Phase | Décisions attendues du client |
|---|---|
| ESQ | Valider l'intention, confirmer l'enveloppe budgétaire |
| APS | Choisir l'organisation des espaces, accepter l'estimation provisoire |
| APD | Arrêter les plans, choisir les matériaux et les équipements principaux |
| PC ou DP | Signer les pièces du dossier, accepter les délais d'instruction |
| PRO | Valider les détails et les pièces écrites |
| DCE | Autoriser la consultation et sa date |
| ACT | Choisir les entreprises et signer les marchés |
| DET | Décider des modifications, valider les situations |
| AOR | Réceptionner, accepter la levée des réserves |
Rénovation intérieure ou construction : quelles phases ?
Toutes les phases ne s'appliquent pas à tous les projets. Une rénovation d'appartement sans modification de façade se passe de permis ; certaines opérations légères fusionnent l'esquisse et l'avant-projet sommaire ; un projet confié à une seule entreprise peut se passer de consultation. À l'inverse, une construction neuve ajoute des études techniques, des échanges avec le contrôleur technique et parfois un coordonnateur de sécurité. Adaptez la liste des phases à l'opération, écrivez-la dans la proposition, et conservez le vocabulaire commun pour que le client reconnaisse sa mission.
Qui intervient à chaque phase
Une mission engage plusieurs acteurs, et la phase dit qui est en première ligne. Le cabinet conçoit et coordonne. Le client décide et valide. Les bureaux d'études techniques interviennent sur la structure, les fluides, la thermique, selon le projet. Les entreprises chiffrent en consultation et réalisent pendant les travaux. Le contrôleur technique, quand il existe, vérifie certains points de solidité et de sécurité. Les organismes d'urbanisme instruisent le permis. Préciser, phase par phase, qui produit quoi et qui valide quoi suffit à éviter une grande partie des malentendus d'un projet.
Les missions complémentaires
À côté des phases, d'autres missions se confient séparément : l'OPC, qui ordonnance, pilote et coordonne les entreprises ; les études d'exécution, ou leur visa lorsque ce sont les entreprises qui les produisent ; la synthèse des études techniques ; le relevé de l'existant ; la maquette ou la 3D. Elles se chiffrent à part, en forfait ou au temps, et se nomment dans la proposition pour ne pas être supposées incluses.
Valider chaque phase, puis facturer
La validation clôt la phase. Idéalement, elle est écrite, datée et rattachée au livrable approuvé : un plan avec son numéro de version, une estimation avec sa date. Le client dit oui ou demande des modifications, avec ses remarques situées sur le plan. Une fois validée, la phase se facture selon l'échéancier. Si le client revient plus tard sur un choix validé, la modification est un supplément. Cette discipline protège le client autant que le cabinet : chacun sait ce qui est acquis.
Un exemple de calendrier de rénovation d'appartement
Voici un déroulé indicatif, à adapter à chaque projet. Les durées sont des ordres de grandeur illustratifs.
| Phase | Durée indicative | Validation du client |
|---|---|---|
| ESQ | 2 semaines | Direction retenue |
| APS | 3 semaines | Plans de principe, enveloppe |
| APD | 4 semaines | Plans définitifs, matériaux |
| PRO et DCE | 4 semaines | Pièces écrites, cadre de chiffrage |
| ACT | 3 semaines | Entreprises retenues |
| DET | 3 à 4 mois | Situations, avenants |
| AOR | 2 à 4 semaines | Réception, levée des réserves |
Ces durées ne sont pas des engagements : elles dépendent de la réactivité du client, de la complexité du projet et des délais extérieurs, comme l'instruction d'un permis ou la disponibilité des entreprises. Annoncez-les comme une trajectoire probable, révisez-les à chaque validation de phase, et prévenez le client dès qu'un jalon bouge : un calendrier réajusté tôt vaut mieux qu'une date tenue sur le papier.
Les erreurs fréquentes
- Passer à la phase suivante sans validation écrite.
- Modifier un livrable validé sans le facturer.
- Laisser le client discuter de détails en esquisse.
- Oublier que le permis, s'il existe, a des délais incompressibles.
- Ne pas nommer les missions complémentaires, supposées incluses.
- Ne pas lier l'échéancier aux phases.
- Découvrir au chantier un flou laissé en projet.
Comment Corsala vous aide
Dans l'espace cabinet de Corsala, une mission suit les neuf phases : esquisse, avant-projet sommaire, avant-projet définitif, permis ou déclaration préalable, projet, consultation des entreprises, assistance aux contrats, direction des travaux et réception. Le kanban Missions montre vos projets en deux zones : avant la signature (contact, rendez-vous ou visite, proposition envoyée, mission signée), puis la phase de chaque projet. La phase se change à tout moment, dans les deux sens, sans rien effacer ; elle structure vos livrables, votre temps et vos honoraires.
Chaque livrable est versionné, envoyé au client, qui le retrouve sur la page « Vos livrables » de son espace, puis validé par un bon pour accord horodaté ou renvoyé avec des remarques épinglées sur le plan. Le temps passé se compare aux honoraires de chaque phase, et l'accueil signale « Phase validée à facturer ». Corsala ne remplace pas vos outils de conception : vous déposez vos exports. L'espace cabinet est compris dans Corsala, gratuit pour toute l'équipe du cabinet ; seule l'IA se paie au jeton, avec 200 jetons offerts à l'ouverture de l'espace. Vous pouvez ouvrir votre espace gratuit ou demander une démo.